Ce que le thérapeute solutionniste expérientiel et Lewis Caroll ont en commun

– Vivre et ressentir –


Le monde et les autres passent aux filtres de nos perceptions sensorielles, de nos filtres neurologiques, socio-culturels et individuels ainsi qu’au travers de nos mécanismes personnels. Nous gardons de ce qui nous entoure des représentations, qui ne correspondent plus vraiment à la réalité, mais qui correspondent à comment nous, en tant qu’individu, avons construit notre rapport au monde. Ce que nous pensons, ressentons et comprenons du monde, notre réalité, s’exprime en communication digitale ou analogique.

En tant que thérapeute, la communication digitale nous apporte des informations élaborées par la pensée, ce que le patient dit de lui même. Il pose des mots sur ses perceptions, ses questionnements, ses besoins ou ses attentes. Cependant la communication analogique, ou langage du corps, nous apporte des informations cruciales, non formulées verbalement, qui sont un complément essentiel de l’écoute thérapeutique.

Il existe trois grands types de traitements :

  • La thérapie « de haut en bas », qui consiste à parler, à s’ouvrir et à s’autoriser à comprendre ce qui se passe en soi;
  • la prise de médicaments qui bloque les symptômes qui sont souvent des réactions d’alerte inadéquates, dérangeantes voire handicapantes pour le patient;
  • et enfin la thérapie de « bas vers le haut » qui revient à permettre au corps de vivre des expériences différentes qui contrarient les sensations internes négatives pour les transformer. Comprendre et savoir utiliser ce troisième traitement va nous permettre d’agir à chaque fois que la parole sera en défaut, ou la pensée à court d’idées ou de solutions, c’est à dire assez souvent, car nous savons assez rarement comment réguler notre état interne à partir de notre processus cognitif. Si nous le savions, il y aurait extrêmement peu de thérapeute à surface du globe.

– Plonger en soi-même –

L’hypnose permet au patient d’entrer dans un état modifié de conscience distinct du sommeil. C’est un état élargi de conscience, c’est à dire un état d’attention et de réceptivité intense permettant d’initier des changements.

Utilisée comme outil thérapeutique, cette méthode est efficace car elle permet d’initier un mouvement dans l’expérience qu’a le patient de la réalité. En créant de la souplesse dans ses filtres et ses mécanismes de perception du monde, il fait évoluer son vécu et son confort.

L’hypnothérapeute n’est qu’un guide dans ce processus, le travail est fait par le patient.

Alors pourquoi autant s’intéresser à l’expérience du corps ? En quoi cela complète l’outil hypnose ?

Le corps et le cerveau sont intimement liés via le nerf parasympathique qui joue un rôle crucial dans la gestion des émotions chez les hommes. Comme Lewis Caroll l’avait compris, l’expérience fantastique et initiatrice dans laquelle plonge Alice, ne serait pas aussi vive et complète sans l’intensité de ses transformations physiques qui son intimement liés à l’intensité de ses transformations internes. L’enfant vit des aventures qui la font grandir, elle sort de son périple différente et transformée.

De façon encore récente, et bien trop souvent encore actuelle, la communication bidirectionnelle entre le corps et l’esprit était assez ignorée par le monde de la médecine en occident, un peu moins dans les pays orientaux ou certains pays asiatiques.

Nous avons perdus énormément de temps à nier le lien fondamental entre le corps et l’esprit, ou en tout cas, nous avons perdu du temps à le minimiser.

Le cerveau est un organe culturel, il est façonné par l’expérience mais aussi par les sensations.  Nous ne vivons pas le monde qu’au travers de notre esprit, la pertinence du notre corps vivant qui expérimente et ressent, est tout autant le fondement de notre être.

L’objectif de s’associer aux sensations corporels est d’atteindre le lien bidirectionnelle entre le corps et l’esprit. Ceci va nous permettre à la fois une lecture de l’état interne du patient au travers de l’expression corporel de ses émotions, et également de pouvoir modifier son état interne, sans élaboration cognitive particulière, en modifiant ses sensations corporelles.

Pour reprendre l’exemple d’Alice au pays des merveilles, lorsque celle ci tombe dans le terrier et se retrouve trop grande pour passer la porte par laquelle le lapin qu’elle poursuit a disparu, elle est triste et désespérée. Elle doit subir une transformation physique, en l’occurence rétrécir ou grandir pour poursuivre son objectif.

Les transformations physiques que subies Alice font partie du rituel initiatique qu’elle vit au travers de son voyage au pays des merveilles. Elle comprend qu’il faut utiliser sa raison et sa logique pour évoluer dans un monde illogique. Bien que ses modifications corporelles et ses aventures ne soient qu’une analogie de son passage à l’âge adulte, elles restent cependant essentielles dans ce que perçoit Lewis Caroll de l’importance de corporaliser un apprentissage. Ainsi sensorialiser et expériencier un rite initiatique ne fait qu’augmenter sa raisonnance et sa puissance, car Alice avant de savoir et comprendre, vit dans son corps les transformations à venir. Ceci prépare et permet les changements internes qu’elle vit par la suite. Une nouvelle fois, le corps est le fil conducteur nous menant à l’esprit, et inversement. Vivre le changement, c’est déjà avoir changer.

C’est ce que le marketing expérientiel a d’ailleurs bien compris, séduire le client en l’impliquant physiquement au travers des cinq sens permet d’influencer favorablement son comportement d’achat et ceci de façon durable dans le temps, au contraire du marketing traditionnel qui n’a une influence que temporaire, en général tant que le client a le message sous les yeux. 
Le marketing expérientiel quand à lui permet un renforcement identitaire entre la marque et le client installant une fidélité de celui ci envers le produit même lorsque le message commercial a disparu.

Ainsi, on peut conclure qu’expériencier la changement que l’on souhaite, c’est l’inscrire dans le temps, c’est permettre un changement même sans avoir besoin d’une élaboration verbale, sans expliciter celui ci. Ceci permet également de shunter les croyances limitantes, les peurs, le défaut d’élaboration etc.. bloquants souvent l’accès au changement. Vivre ce que l’on souhaite être est la voie royale vers la progression.

Pour finir cet article incomplet, imparfait mais amusant, je citerai Nietzsche car nous sommes rarement les premiers à comprendre et à inventer. Nous ne faisons que brasser encore et encore les mêmes savoirs qui circulent dans l’humanité. 

“Rien de bon n’est jamais sorti des reflets de l’esprit se mirant en lui-même. Ce n’est que depuis que l’on s’efforce de se renseigner sur tous les phénomènes de l’esprit en prenant le corps pour fil conducteur, que l’on commence à progresser.” Friedrich Nietzsche

Justine Thevenot, infirmiere et thérapeute