MEILLER Lauriane

Formation praticien hypnose WAY INSIDE

Du 24/09 au 07/11/2021

Parmi tous les riches apprentissages lors de la formation d’hypnose, je me souviens de cette prise de conscience sur l’état de transe. J’ai évidemment déjà rencontré dans mon quotidien cet état, déjà vécu des soins utilisant différents états de transe (hypnotiques, chamaniques notamment), mais je pris conscience, comme une révélation, que c’est également dans cet état bien spécifique (ou en tout cas qui me semble très proche) que je vis mes aventures de comédienne sur scène .

Je pratique l’improvisation théâtrale depuis plusieurs années, et il m’arrive de constater que, parfois, je me laisse comme « emporter » dans une scène, dans une histoire, comme si plus rien n’existe autour. Les spectateurs disparaissent soudain, les projecteurs ne sont plus agressifs pour mes yeux, les objets que je manipule en mime me semblent exister réellement (ils ont une densité dans mes mains par exemple), et le fil de l’histoire est particulièrement fluide, « comme si c’était vrai ».

J’ai plusieurs fois observé cet état, et notamment lorsque je me sens vraiment « dans l’expérience », comme si je ne joue plus mais que je suis vraiment le personnage. Ces improvisations là sont les plus marquantes pour moi comme pour les spectateurs (ce sont celles dont on va parler en fin de spectacle).

Je repère aussi cela chez les comédiens de ma troupe lorsqu’ils sont sur scène et que je les trouve très « justes », très « bons », parfaitement dans leur monde, nous emmenant avec eux dans l’histoire. Lors de ces expériences, je peux identifier que je suis dans un certain « état », que je suis à la fois ici et ailleurs.

D’un côté je me sens en effet bien ancrée dans la réalité sur scène, qui nécessite un cerveau en éveil qui doit percuter, écouter, être dans la technique, etc. Et en même temps, je suis dans un ailleurs de l’imaginaire, de lâcher-prise. Comme s’il y avait deux réalités. Je pourrais dire que je suis à la fois très concentrée mentalement, et à la fois très déconnectée mentalement permettant une spontanéité qui ouvre le champ des possibles.

C’est en lisant la dernière bande dessinée de Riad Satouff, que je remarquai dans certaines vignettes la description (ou l’allusion) à cet état tout spécifique. Vincent Lacoste y parle de son premier tournage et de sa première expérience d’acteur : « je trouvais ça agréable de jouer comme ça – comme si c’était vrai mais qu’on était dans une dimension parallèle »[1].

Plus loin, il décrit un rituel de l’actrice Noémie Lvovsky, qui joue sa mère dans le film : « avant chaque scène elle m’attrapait les mains. « On va tourner vite viens on entre en contact il faut qu’on chante ensemble à tue-tête… » Toute l’équipe nous regardait ça me gênait atrocement mais elle avait raison… parce qu’après, quand on jouait ensemble c’est comme si elle m’avait emmené dans cette dimension où elle était ma mère » [2].

Un soir d’atelier, je faisais part à ma troupe de mes diverses observations. Nous n’avions jamais eu ce type d’échanges, que je décrirais, somme toute, comme étant assez intimes. Nous avons donc évoqué ce qui se passe en jeu (ou ce qui ne se passe pas) quand l’imagination nous déborde et créee nos actions, notre voix, nos attitudes, et chacun confirmait qu’à ce moment donné, il n’était plus tout à fait lui-même. Nous faisions même le constat que d’un œil extérieur, cela pouvait s’apparenter à du délire.

« Si je vous demande de dire ce que vous donne votre imagination, vous entrerez probablement dans un état d’absorption intense, et au lieu d’inventer des choses, vous aurez l’impression que vous faites vraiment ces expériences »

Keith Johnstone

Dans l’essai de Keith Johnstone, figure mondiale du théâtre d’improvisation, je trouvais de quoi confirmer nos échanges : « si je vous demande […] de dire ce que vous donne votre imagination, vous entrerez probablement dans un état d’absorption intense, et au lieu d’inventer des choses, vous aurez l’impression que vous faites vraiment ces expériences » [3] .

L’état modifié de conscience sur scène me fait donc penser à celui de l’hypnose. Et je fais le parallèle avec le discours d’Audrey Vanhaudenhuyse, suite au visionnage d’une conférence dans laquelle elle est intervenue. S’appuyant sur des images cérébrales réalisées en état de transe hypnotique la chercheuse conclut : « en hypnose tout se passe comme si on était réellement en train de voir ce qu’on est en train d’imaginer, comme si on était réellement en train de bouger, de réaliser ces activités motrices » [4].

Dans la suite des échanges avec ma troupe, nous partagions le constat que lorsque nous n’étions pas dans cet état modifié de conscience, alors nous étions bien plus en présence « terrestre », avec un mental qui pouvait prendre le dessus et choisir en conscience quoi dire, quoi faire, vouloir faire bien, être intelligent ou original. Et dans ce cas, nous reconnaissions tous qu’il s’agissait en fait souvent de moments où nous étions moins dans l’expérience, que nous censurions notre imagination, le résultat étant finalement moins bon. Keith Johnstone tente une piste de compréhension sur cette auto-censure : « nous supprimons nos impulsions spontannées, nous censurons notre imagination, nous apprenons à avoir l’air ordinaires, et nous détruisons notre talent – et plus personne ne se moque de nous » [5].

Car au théâtre, finalement, nous donnons à voir ce qui se passe dans notre tête : nous rendons publics nos pensées, nos émotions, nos pulsions, nos rêves, qu’ils soient héroïques, ou qu’ils soient horribles. « Nous savons tous instinctivement ce qu’est une pensée « folle ». Les pensées folles sont celles que les autres trouvent inacceptables ; nous sommes entrainés à les cacher, mais nous allons au théâtre exprès pour les voir exprimées » [6] .

Bien que les objectifs de chaque discipline soient différents, je fais ici le parallèle entre la création théâtrale et l’hypnose à visée thérapeutique pour mener vers un constat qui m’intéresse particulièrement : l’état modifié de conscience permet de « mettre de côté » la partie mentale et de laisser place « à la fonction imaginative[7] ». Et c’est dans cet espace que je crois en la création du tout possible. Pour revenir au théâtre, si je cherche mentalement quoi faire ou quoi dire, je vais faire entrer en jeu des pensées mentales qui viendront saboter l’imagination. Pour illustrer ce propos, Johnstone écrit : « Vakhtangov forçait ses étudiants à agir spontanément. Cela provoque une transe légère, dans laquelle les acteurs se sentent comme si quelque chose les contrôlait. Ils « savent » quoi faire, alors qu’habituellement ils « choisissent » quoi faire [8]».

Et choisir quoi faire, comme je l’écrivais précédemment, revient à vouloir être bon, intelligent, original, drôle,… et nous supprimons alors l’imagination spontanée qui créée les possibilités. L’auteur observe cela sur un de ses élèves qui fait l’expérience du lâcher-prise : « Il est surpris de se rendre compte que son corps fait par lui-même des choses qu’il n’a pas décidées[9] ». Dans le même ordre d’idées, je peux supposer que si mon expérience de la cascade bénéfique en formation avait été un exercice réalisé en état ordinaire de conscience, avec la demande de me délester de tout ce qui avait besoin de l’être, en vérifiant que ce soit écologique pour moi, l’expérience aurait été bien différente.

Mon mental aurait alors probablement réfléchi, pensé, validé, changé, hésité, choisi, etc. et j’aurais rendu cette expérience complexe en voulant la rendre « bonne ». Or, la faire en état modifié de conscience m’a amené à simplement laisser dérouler le fil, laisser faire, et faire confiance à ce qui se passe (avec la compétence « suivre et guider » du thérapeute). L’expérience a donc été fluide, agréable, et m’a semblé très réelle. Et au delà de m’apporter un effet bénéfique (immédiat dans mon cas), cela me permet, à mon sens, de prendre de la hauteur par rapport à mon égo, voire même de considérer l’expérience comme étant « plus grande que moi ».

 
 
Rédiger cet article me fait prendre conscience de plusieurs choses : la première est liée à l’idée d’être soi, et de rayonner notre singularité. Et je comprends en quoi le théatre, qui me fascine, est une de ces possibilités d’être soi. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, il ne s’agit pas seulement de jouer un personnage, mais de l’être, d’oser l’intime, d’oser représenter en public les pensées secrètes, cachées, profondes, d’un personnage.

Pour le comédien ou l’acteur, d’oser dévoiler ses propres créations qui comprennent des émotions, des vibrations, des énergies que nous préférons parfois enfouir par peur qu’elles ne soient présentables en société. Cette ouverture, je la trouve inspirante, et c’est pour moi une véritable façon d’oser.

Avoir découvert que nous étions en état modifié de conscience sur scène me paraît tout à fait fascinant et changera désormais mon regard et mon expérience de l’improvisation. Et cela me donne envie de m’intéresser au théâtre comme outil thérapeutique. Ma seconde remarque porte sur la réalité. J’ai souvent cette impression d’être dans le réel dans mes scènes en tant que comédienne improvisatrice, alors qu’il n’y a ni décor, ni objets tangibles. Les mondes de la matière (dans lequel nous vivons notre vie quotidienne) et de l’imaginaire (fait d’images, dans lequel nous rêvons, nous créons…) ne sont-ils pas, en fait, tous les deux bien réels ?

La question, devenue culte, de Morpheus « Qu’est ce que le réel ? Quelle est-ta définition du réel ? [10] dans Matrix m’apparait aujourd’hui autrement… L’état de transe hypnotique permet des voyages en soi « comme si c’était vrai ». Et pour revenir à ma première expérience sous la cascade bénéfique, est était très réelle, et plusieurs mois après, je me rappelle précisément du lieu, des couleurs, de la chaleur… comme si j’y étais vraiment allée. Eblouie et intriguée par la magie de cette expérience (et des suivantes), et au delà des changements bénéfiques que peut apporter l’outil hypnose, je retiendrais que l’état modifié de conscience, en soi, créé un espace du possible et je suis enjouée à l’idée de l’explorer davantage plus encore…

Auto-feedback

Points forts

Mon expérience d’éducatrice spécialisée m’a permis de pratiquer les méthodes de « suivre et guider ». En formation d’hypnose, je me suis sentie non seulement à l’aise pour l’expérimenter en tant que thérapeute dans les séances, mais j’en ai également, me semble-t-il réellement compris le sens. Je pourrais donc dire que cette compétence me permet de proposer un cadre rassurant et sécurisant pour le client.

J’ai intégré la trame de l’entretien solutionniste et j’ai compris le sens des questions. La formation thérapie brève est d’ailleurs un complément vraiment intéressant à celle d’hypnose.

A améliorer

L’utilisation du Milton modèle n’est pas encore fluide, j’ai besoin de lire mes notes, et cela ne me permet pas d’être pleinement à l’aise lors des séances.

Ma voix est à travailler, j’ai constaté (et les clients par leurs feedbacks m’ont fait remarquer) que le ton de
ma voix varie assez peu.

De manière générale, gagner en confiance en pratiquant m’aidera à installer plus de fluidité.

Enfin, il reste complexe pour moi (bien que cela m’intéresse particulièrement) de comprendre le processus du client afin d’adapter au plus juste les éléments d’accompagnement.


Bibliographie

  • [1] Sattouf R. (dessins et couleurs) (2021). Le jeune acteur 1. Aventures de Vincent Lacoste au cinéma. [Bandedessinée]. Luçon, France. Les livres du futur. Page 54.
  • [2]Ibid. Pages 92-93.
  • [3]-Johnstone Keith, IMPRO improvisation et théâtre. iPanema editions. Traduction française, 2013. Page 177.
  • [4]Les états modifiés de conscience, de l’expérience à la recherche scientifique [conférence]avec C. Sombrun, F. Taulelle, M. Henry et A. Vanhaudenhuyse Phd. Liège, Belgique. 16.12.2017. https://www.youtube.com/watch?v=Sd2VCQqeUwU
  • [5]Ibid. Page 123.
  • [6]Ibid.
  • [7]Poupard G, Martin VS, Bilheran A, Manuel pratique d’hypnothérapie. Interéditions. 2018. Page 21.
  • [8]Johnstone Keith. Op.cit. Page 212.
  • [9]Ibid. Page 210.
  • [10]Les Wachowski (réalisateurs) [film], The Matrix. 1999.